Le solaire décentralisé, un fort potentiel d’investissement encore inexploité au Maroc

Le développement du solaire décentralisé constitue l’un des principaux leviers identifiés par la Banque mondiale pour accélérer l’investissement privé au Maroc. Dans son Country Private Sector Diagnostic (CPSD), l’institution souligne que ce segment présente un potentiel important, en phase avec les priorités nationales de transition énergétique, mais reste encore sous-exploité en raison de contraintes structurelles.

Selon le rapport, la production décentralisée d’énergie solaire au Maroc présente un potentiel important pour accélérer la décarbonation industrielle, réduire les coûts énergétiques et renforcer la compétitivité. Le pays bénéficie de niveaux d’irradiation solaire parmi les plus élevés au monde, et dispose déjà d’un socle juridique permettant l’autoproduction et la participation du secteur privé. Les coûts unitaires élevés de l’électricité pour les consommateurs commerciaux et industriels renforcent encore l’attrait de solutions d’énergie solaire décentralisée. Cependant, le déploiement de ces solutions demeure relativement modeste par rapport au potentiel du pays, ce qui suggère une opportunité d’action politique.

Actuellement, 3,5 % seulement de la capacité solaire installée de 857 mégawatts est décentralisée. Ce pourcentage est nettement inférieur à celui d’autres pays : il était de 21 % pour l’Espagne à la fin de 2023, 78 % pour l’Allemagne, 37 % pour la Chine et 34 % pour les États-Unis. Si les comparaisons avec des marchés développés mettent en évidence la faible part du Maroc, elles soulignent aussi l’important potentiel intérieur inexploité

Le développement de la production décentralisée d’énergie solaire par le biais de contrats d’achat d’électricité (Power Purchase Agreements – PPA) et de systèmes d’autoconsommation permettrait d’offrir une énergie propre et compétitive aux utilisateurs industriels et commerciaux, tout en stimulant l’investissement dans les nouvelles technologies. Le potentiel est particulièrement élevé dans les zones industrielles et les pôles manufacturiers où les coûts de l’énergie demeurent un facteur contraignant pour la compétitivité.

Cependant, certaines contraintes réglementaires et institutionnels freinent les investissements privés. Le cadre juridique et réglementaire reste incomplet et fragmenté, ce qui crée des incertitudes quant aux procédures, aux tarifs, et au traitement de l’énergie excédentaire. Cette situation est aggravée par l’absence de règles techniques et commerciales claires pour les injections d’électricité dans le réseau, empêchant ainsi les producteurs de monétiser la production excédentaire. La complexité administrative constitue également un obstacle majeur : les promoteurs doivent naviguer à travers des processus de délivrance d’autorisations qui se chevauchent et manquent de coordination, tandis que les ambiguïtés en matière de propriété et des exigences procédurales excessives découragent davantage les investisseurs. Parallèlement, les préoccupations financières des distributeurs, notamment en ce qui concerne la perte de revenus due à l’autoconsommation et les risques potentiels pour la stabilité du réseau, contribuent à la résistance à l’intégration de l’énergie solaire décentralisée. La transition vers les sociétés régionales multiservices (SRM) a ajouté un niveau supplémentaire d’incertitude institutionnelle, leurs rôles en matière de régulation, d’approbations et de distribution demeurant encore mal défini.

Pour lever ces contraintes, le Maroc devrait :

(1) accélérer l’achèvement du cadre réglementaire en publiant les décrets restants prévus par la Loi n° 82-21 et la Loi n° 40-19 , en clarifiant les procédures relatives aux procédures de l’autoproduction, aux seuils de tension, au stockage de l’énergie et à l’injection des excédents ;

(2) établir des méthodologies tarifaires et des conditions commerciales transparentes pour l’achat de l’électricité excédentaire afin de garantir aux investisseurs une compensation équitable et prévisible ; (3) simplifier les processus administratifs en définissant clairement les régimes de propriété ;

 (4) mettre en place des guichets uniques dans les régions pour centraliser toutes les autorisations relatives à la production d’énergie solaire décentralisée ;

(5) repenser les mesures d’incitation pour les distributeurs en adoptant des objectifs mesurables de production solaire décentralisée ;

(6) renforcer le rôle de supervision de l’Autorité nationale de régulation de l’électricité;

et (7) autoriser l’acquisition d’énergie renouvelable au-delà du plafond de 40 %, qui est le volume maximal que les distributeurs peuvent acquérir de l’énergie renouvelable produite dans le périmètre de leurs concessions.

Si elles sont mises en œuvre efficacement, ces réformes pourraient attirer environ 2,9 milliards de dollars d’investissements privés et créer plus de 43 500 emplois à moyen terme, tout en évitant environ 56 millions de tonnes métriques d’émissions de gaz à effet de serre (environ 30 ans), soit l’équivalent d’environ 1,8 million de tonnes métriques par an.

Pour plus d’informations

https://www.ifc.org/en/insights-reports/2026/morocco-private-sector-diagnostic

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