La feuille de route de décarbonation du secteur cimentier marocain a été, présentée, mercredi à Bouknadel, en présence du ministre de l’Industrie et du Commerce, Ryad Mezzour, et de la ministre de la Transition énergétique et du Développement durable, Laila Benali.
Dévoilée lors d’une conférence initiée par l’Association Professionnelle des Cimentiers (APC), ladite feuille de route est le fruit d’une démarche de co-construction associant le ministère de l’Industrie et du Commerce, le ministère de la Transition énergétique et du Développement durable, le Global Cement and Concrete Association (GCCA), la Banque Européenne pour la Reconstruction et le Développement (BERD), des associations et fédérations partenaires ainsi que des institutions nationales concernées et des cabinets d’expertise.
S’exprimant à cette occasion, M. Mezzour a souligné l’importance de décarboner le secteur cimentier et de valoriser le dioxyde de carbone (CO₂) comme levier stratégique pour renforcer la souveraineté énergétique nationale et atteindre la neutralité carbone.
“En créant un carburant 100% marocain de très haute qualité à partir du CO₂ produit par les cimenteries, nous pourrons réduire notre dépendance aux hydrocarbures et consolider notre souveraineté énergétique”, a expliqué le ministre.
Il a souligné, dans ce sens, que le verdissement de l’économie n’est plus un simple choix environnemental, mais un impératif stratégique absolu pour se prémunir contre la succession des crises mondiales et la forte volatilité des chaînes d’approvisionnement en hydrocarbures, rappelant que l’anticipation dans ce domaine permet d’atténuer les chocs exogènes subis par le tissu industriel national.
Saluant l’approche proactive du secteur cimentier, le ministre a détaillé les sept piliers de cette nouvelle feuille de route, incluant l’efficacité énergétique, le passage aux énergies renouvelables et la réduction de la part du clinker.
Toutefois, face au défi des émissions incompressibles (le secteur représentant près de 10% des émissions nationales de CO₂), il a appelé les industriels à dépasser la solution conventionnelle de l’enfouissement profond du carbone à des milliers de mètres, une option jugée extrêmement coûteuse et peu valorisante pour l’économie.
M. Mezzour a ainsi plaidé pour la captation et la valorisation de ce CO₂ afin de produire des carburants de synthèse locaux, permettant de créer un combustible à bas prix destiné au marché intérieur, notamment pour les transports publics, renforçant ainsi l’indépendance énergétique du pays.
De son côté, le président de l’Association Professionnelle des Cimentiers (APC), Said Elhadi, a retracé l’engagement historique de la profession, rappelant que l’industrie cimentière a été pionnière au Maroc en matière de développement durable.
Il a notamment cité la mise en place de la première ferme éolienne dédiée à l’industrie dès 2005 et l’utilisation précoce de la biomasse et des combustibles alternatifs dans les fours cimentiers.
S’appuyant sur les données consolidées de l’année 2022, M. Elhadi a fait savoir que l’empreinte carbone du secteur se situe à un niveau honorable de 576 kg par tonne de produit cimentier, soit 15% en deçà de la moyenne mondiale, avec un mix énergétique composé à 80% d’électricité verte.
Pour l’objectif de neutralité carbone en 2050, le président de l’APC a appelé à une concertation transparente avec les pouvoirs publics.
Sachant que 60% des émissions du secteur proviennent de la réaction chimique inhérente à la calcination et non de l’énergie utilisée, “l’atteinte du “Net Zéro” nécessitera le déploiement de technologies de rupture, exigeant une trajectoire d’investissement définie conjointement avec l’État”, selon lui.
Pour sa part, la Présidente Déléguée de la Fondation Mohammed VI pour la Protection de l’Environnement, Nouzha Alaoui, est revenue sur le partenariat renforcé avec l’APC, se traduisant par un programme de formation structuré sur trois ans, bénéficiant à plus de 500 professionnels du secteur pour les préparer aux enjeux complexes de la décarbonation.
En outre, elle a affirmé que l’institution a désormais changé d’échelle, passant de la sensibilisation à une approche hautement opérationnelle, illustrée par la Convention pour la décarbonation de l’économie marocaine et l’adaptation de l’outil “Bilan Carbone” au contexte territorial national.
L’approche de concertation adoptée pour l’élaboration de la feuille de route ambitionne de garantir sa robustesse technique, sa crédibilité institutionnelle et son alignement avec les priorités nationales et les meilleures pratiques internationales.
Directement alignée sur la Stratégie Nationale Bas Carbone et la Contribution Déterminée au niveau National (CDN 3.0), elle fixe un cap intermédiaire clair, à savoir réduire les émissions de CO₂ de 23% à l’horizon 2030 par rapport à 2022.
Pour opérer ce changement d’échelle et concilier croissance et transition, ce cadre fédérateur s’articule autour de leviers concrets, allant du développement des combustibles alternatifs à l’augmentation de la part des énergies renouvelables, en passant par l’efficacité énergétique et la réduction du taux de clinker, préparant ainsi le terrain au futur déploiement des technologies de rupture comme le captage et le stockage du carbone (CCUS).

